Comme me l’a encore récemment prouvé le Google Summer of Code, et surtout sa hum, superbe, liste de diffusion, où, noyés parmi cinquante messages dont je n’avais aucune utilité (et un petit e-mail vital), on pouvait trouver un vieux troll sur le sexisme, voici un thème qui est plus que jamais sensible dans le monde de l’informatique, et errr, je parie un sucre que quelqu’un va se sentir offensé par mon titre tout meugnon. :]
Bien sûr, cette réaction n’est pas de moi. Et surprise, elle n’est pas de blueblue non plus ! Cygal est dans la place ! Faut que l’on arrête le rap français, ici.
—minh
Cette réaction traite d’un point récurrent dans l’informatique en général et dans le monde du libre en particulier : la minorité parfois écrasante de la gent féminine. Nous ne discuterons pas ici de toutes les raisons qui me font penser que c’est une mauvaise chose qu’il faut enrayer, bien que ça puisse être intéressant, mais nous contenterons d’une analyse de cet article par rapport à la littérature existante sur le sujet.
La présence des femmes dans l’informatique est un sujet qui a déjà été maintes fois traité. Ce papier là est original dans le sens où il n’essaye pas de traiter le problème, et ne le présente pas seulement via des statistiques. Il essaie d’expliquer de manière historique pourquoi les femmes sont sous-représentées dans l’informatique en général. C’est une analyse courte et peut-être simpliste mais les explications données sont crédibles.
Petit résumé du papier
Contrairement aux autres disciplines scientifiques, l’informatique n’existait pas avant la Seconde Guerre Mondiale. C’était donc la porte ouverte aux femmes qui ont été embauchées dans le domaine, et se sont avérées très douées, selon l’auteur. Après la guerre, les hommes ont « récupéré leurs places » dans toutes les disciplines qu’ils occupaient avant la guerre. L’informatique n’existant pas avant, les femmes n’avaient pas de places à laisser.
Cependant, la pression sociale a fait qu’une majeure partie est retournée à des occupations considérées comme acceptables à l’époque. Celles qui sont restées dans de grandes compagnies étaient discriminées et devaient repousser les avances de leur collègues. Ce fut la première vague de déféminisation. De manière générale, le fait que le rôle traditionnel des femmes soit d’élever ses enfants n’a pas aidé, dans aucune de ces vagues.
La deuxième vague s’est effectuée quand l’apprentissage de l’informatique a été couplé à celui de l’ingénierie électronique, domaine presque exclusivement masculin, ce qui n’a pas encouragé les gens à s’intéresser à l’informatique.
La troisième vague s’est déroulée lors de la démocratisation de l’informatique. Les jeux ont toujours été faits pour et par des hommes, ce qui a fini par ancrer dans les esprits que « l’informatique c’est pas pour les filles ».
Un peu plus loin ?
Il n’est pas rare dans les domaines scientifiques de voir les filles traitées différemment, voire rejetées, parfois inconsciemment.
En informatique, c’est particulièrement vrai puisque les femmes et les hommes estiment que l’informatique n’est pas faite pour les femmes. Elles ne se disent pas intéressées et préfèrent choisir d’autres voies. Le fait qu’elles soient sous-représentées à ce point ne leur donne pas envie de venir. Si vous êtes un homme, imaginez ce que ça fait de rentrer dans un salon de manucure rempli de femmes. Vous ne vous sentirez pas à l’aise.
Cette analyse me semble intéressante parce qu’elle est courte mais semble expliquer un certain nombre de choses. Il y a sûrement d’autres points qui expliquent la situation, c’est pourquoi je vous propose un certain nombre de lectures complémentaires en annexe. Elles ne sont pas toutes centrées sur l’informatique en général, mais semblent intéressantes. L’article Wikipédia vous permettra de pousser plus loin.
Liens
# bluestorm
29.08.09, 19:28.
J’apprécie beaucoup ta réaction à ce sujet : c’est un domaine qui m’intéresse, mais je n’ai jamais fait l’effort de me plonger dedans en profondeur (il y a beaucoup d’autres sujets intéressants et chronophages), et je le trouve un peu difficile d’approche "de l’extérieur" : les documents à ce sujet sont soit des avis personnels de développ(eur|euse)s, qui sont parfois intéressant mais très subjectifs et à la portée souvent limitée, soit des publications académiques très proche du domaine des sciences humaines (sociologie, psychologie), assez difficiles d’approche pour quelqu’un avec principalement une culture scientifique. On manque de points d’approches qui ne demandent pas trop d’investissement, et ce billet en est un.
Comme tu le sous-entends, l’article original lui-même est finalement un peu décevant : on a l’impression que c’est une question compliquée et qu’on va y trouver de bonnes idées, des choses auxquelles on n’avait pas pensé, et qui changent notre vision du problème. Sur ce point, c’est un peu raté, on se contente d’une analyse historique, qui tient debout mais n’a révolutionné mon point de vue.
Il y a des points intéressants. L’idée de la pression sociale, qui pourrait expliquer les différences de présence des femmes entre les pays développés et les pays en voie de développement dans le secteur de l’IT. La "deuxième vague" est intéressante et je n’avais pas pensé aux liens logiciels/matériels à ce sujet. Je suis un peu plus étonné par l’argument des "jeux vidéos". Je reconnais effectivement dans la plupart jeux vidéos des thématiques traditionnellement associées aux "jeux de garçon" (la violence), mais je n’ai pas l’impression d’une différence si concrète dans la plupart des cas (au hasard, Rayman, un jeu de garçon ?), en particulier ceux orientés vers les plus jeunes. J’ai aussi observé dans mon entourage que de nombreuses filles (ou jeunes femmes) jouent à des jeux vidéos, moins que des garçons/hommes certainement, mais suffisamment pour remettre cette idée en doute.
# Cygal
29.08.09, 20:59.
# rz0
30.08.09, 22:01.
Tak tak, rz0 est dans la place, pour choquer la populace. Vous vous êtes bien trouvés, vous deux, entre bluestorm, l’hypersensible aux questions pseudo-éthiques, le sexisme, l’homophobie, et j’en passe, et Cygal, le srsly righteous guy. :-’
Bref, je vois que vous parlez de jeux vidéos là, comme quoi ça se démocratise blah, que c’est bien. Moi, je suis sceptique concernant ce mouvement, honnêtement. Parce que « les jeux vidéos, ça a toujours été par nous, pour nous les hommes » c’est quand même très réducteur. Un jeu, c’est quoi avant tout ? Un concept, un gameplay, un univers, et parfois un scénario et des personnages, m’enfin bon, suffit de voir comment on classe instinctivement les jeux (RTS, FPS, etc.) pour se rendre compte que le noyau dur d’un jeu c’est son concept, puis le reste, c’est de l’enrobage pour pouvoir le vendre à un public donné.
Vous voyez où je veux en venir ? Non ? Hum… bah en fait, c’est juste laid de dire « c’est bien on fait des trucs différents qui peuvent plaire aux filles » parce qu’en quelque sorte, c’est dire : Real men don’t play that, girlie.α Alors qu’au fond, les jeux vidéos sont basés sur des concepts qui à mon avis sont généraux et communs à beaucoup de gens, indépendemment du sexe : la soif de mystère, de découverte, l’envie de progresser, d’être bon, d’être au top, l’ambition, l’addiction, le désir du collectionneur, et tout un tas de notions pas du tout spécifiques aux hommes, à mon humble avis. Après, OK, l’envie de touchette sur la ptite princesse de quinze ans au look de nymphette,β ça c’est une pulsion mâle, mais au fond, c’est juste de l’enrobage, et à part pour les jeux de rôles, c’est rarement ce qui fait l’amour des joueurs, et ce, même chez les moins petits garçons. Passé un certain âge, on ne se prend plus à se branler sur son super ultimate corpse bomb chain super combo parce que c’est trop cool d’être harkor, ça fait viril, tu vois.
Une fois accepté le fait que le joueur moyen ne joue sans doute pas pour découper de la chair trop belle pour être vraie et voir du faux sang gicler partout, je suis convaincu qu’une fille sait tout aussi bien apprécier un jeu « de garçon », modulo ceux qui sont downright insultants pour elle. Bref, refourguer des jeux alternatifs aux filles, c’est juste la société qui se donne bonne conscience en fournissant aux gens les moyens de s’auto-stigmatiser.
Fort heureusement, il y a de la convergence dans l’autre sens aussi, ce qui est, selon moi (au cas où certains auraient loupé un bout, jusqu’ici c’est que mon avis :]), une bonne chose. Certaines filles s’aperçoivent qu’un bon Starcraft ou un bon Diablo II (désolé, mais ma connaissance du jeu vidéo s’arrête à partir de ces années-là), ça peut être… bon. Pas dit que ça plairait à toutes les filles, loin de là, mais après tout, tous les garçons n’aiment pas forcément les jeux vidéos, et tous n’aiment pas les mêmes genres, les mêmes titres, bref, c’est une question de préférences (c’est comme tout…), et c’est ce que l’on devrait apprendre aux gens, pas « tiens regarde ton dog, l-é-t-i-pas tout meugnon avec sa face pixélisée derrière ce bout de plastique liquido-cristallisé primitif, mais que bien sûr on te vend cher, parce que hey, c’est le prix de ton identité de femme que l’on t’impose ; femme, paie ton auto-discrimination §§ »
Sur ce, stop la fumette, retour au code.
α : Ceci dit : Sorry, dude, but real men don’t play the Sims.
β : Mais forcément innocente et inexpérimentée, parce sinon ça vendrait pas, hell. Bon, bien sûr il existe aussi la version allumeuse dominatrice, pour les moins jeunes, mais on s’écarte du sujet, je crois…
# bluestorm
30.08.09, 22:30.
Oui, je suis complètement d’accord avec toi sur le fait que le jeu vidéo dépasse les clichés garçon-pistolet fille-poussette. Quand Cygal dit que « culturellement le JV a été associé aux garçons », il parle précisément de l’"enrobage" : le fait est que l’enrobage choisi est souvent non-neutre, et joue à fond sur les clichés de société "trucs de mecs" (violence, héros viril qui affronte des méchants de plus en plus puissant, elfettes en petite tenue…). Alors l’apparition de jeux roses à la con pour les filles n’est pas réjouissante, ni une avancée de la condition féminine, mais plutôt une mise à niveau des jeux vidéos par rapport à l’ensemble de la société : on passe d’un "domaine de clichés à la con seulement pour les garçons" aux clichés pour tout le monde. Ça reste une démocratisationα : la question des clichés n’est pas réglée, mais ça c’est un problème de société dans son ensemble, et je doute qu’on puisse la régler sur le fond spécifique du jeu vidéo sans une prise de conscience plus générale : les gens qui sont assez laids pour continuer à acheter une dinette à leur fille et un Action-man à leur fils, ils vont aussi acheter Barbie3D et Counter-Strike aux mêmes.
α : Même si je pense comme toi que les JVs étaient en fait moins déséquilibrés que pas mal d’autres activités pour enfants, comme le foot, la danse, le VTT ou le dessin.
# Cygal
30.08.09, 22:44.