Matin de projet
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Par rz0. Publié le 13.01 2010 à 10:30.
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Accroupie au bord du chemin, cigarette à la main. Derrière mes vitres, à l’abri, j’esquisse du regard une silhouette solitaire, seule nuance jusqu’à l’horizon blanc, aventureuse, bravant les humeurs inhospitalières d’un âpre matin, féminine. Détournant son regard, parfois, par-ci, par-là, elle ne me voit pas. A-t-elle froid ? Sans doute… Réflexion banale. Je n’y pense plus, déjà.
Une petite voix m’interrompt ; mon corps pivote machinalement. Assise
au bout de la table, la demoiselle me sourit. Son discours
m’échappe. Je ne l’ai pas écouté. Mais, obéissant à ses demandes
inaudibles, je m’approche sans rien dire, et, laissant mes doigts
glisser sur quelques feuilles égarées, brise le silence qui seul
m’ensorcelle.
« Tu travailles… sur quoi, déjà ? »
Un regard gentiment accusateur m’interroge. J’ai oublié… Mais qui
donc pourrait m’en vouloir, quand l’attrait de la tâche ne tient qu’à
la récompense ; celle-là qui, derrière le labeur, se cache et se
moque ?
Les explications ne se font pas attendre. Scrutant au hasard l’écran qui nous fait face, j’ingurgite, résigné, les données qui m’assaillent. Telle ligne semble fautive. Tel symbole joue le disparu, tel autre est l’accusé. La petite charade informatique devant nous se découvre, et ses charmes d’antan qui m’avaient séduit, enfant, sous sa robe ne sont plus que perverses allusions et traîtreuses paroles.
J’agite le curseur, change de fichier, reviens sur mes pas. Je prends la pose, fronce à peine les sourcils, me donne un air sévère. Je fais signe, légèrement : que l’on ne me dérange pas. Je pense. Chassé par quelque espoir que je vienne en justicier rétablir le tort fait à l’homme par la machine, sa suivante, je m’enfuis dans ma parade.
Mais l’expérience bientôt vient me sauver. Quand même l’esprit vagabonde par-delà ces murs, les yeux, par les ans entraînés, encore me guident. Sans seigneur pour les soumettre, les doigts, désunis, déjà prennent d’assaut le terrain étranger : ce clavier fort commun sur lequel, pour autant, je ne sais pianoter.
La porte s’ouvre. J’ai terminé. Profitant de la diversion, je rejoins ma place, près de la fenêtre. Je jette un coup d’œil, avant de lui tourner le dos. La rue déserte et immobile me dévisage ; je lui interdis.
Arthur, qui a refermé la porte derrière lui, s’est installé à un mètre de moi. Les diligents muscles de son visage, qui me semblent prêts à tout instant à renfrogner sur commande, témoignent assez de son humeur. Il n’y a rien à discuter. Je me tais. Je fais certainement mieux de compter les minutes qui nous séparent de la pause déjeuner. Quatorze… Treize… Douze… Je la devine déjà : cette longue journée…