Ours & Hippy — le blogOurs & Hippyourshippy@huoc.orgtag:blog.huoc.org,2009:atom2010-01-13T10:30:13+01:00tag:blog.huoc.org,2009:posts/36
Matin de projet
2010-01-13T10:30:13+01:002010-01-13T10:30:13+01:00Nhat Minh Lê (rz0)
<p>Accroupie au bord du chemin, cigarette à la main. Derrière mes vitres,
à l’abri, j’esquisse du regard une silhouette solitaire, seule nuance
jusqu’à l’horizon blanc, aventureuse, bravant les humeurs
inhospitalières d’un âpre matin, féminine. Détournant son regard,
parfois, par-ci, par-là, elle ne me voit pas. A-t-elle froid ? Sans
doute… Réflexion banale. Je n’y pense plus, déjà.
</p><p>Une petite voix m’interrompt ; mon corps pivote machinalement. Assise
au bout de la table, la demoiselle me sourit. Son discours
m’échappe. Je ne l’ai pas écouté. Mais, obéissant à ses demandes
inaudibles, je m’approche sans rien dire, et, laissant mes doigts
glisser sur quelques feuilles égarées, brise le silence qui seul
m’ensorcelle. <br />
« Tu travailles… sur quoi, déjà ? » <br />
Un regard gentiment accusateur m’interroge. J’ai oublié… Mais qui
donc pourrait m’en vouloir, quand l’attrait de la tâche ne tient qu’à
la récompense ; celle-là qui, derrière le labeur, se cache et se
moque ?
</p><p>Les explications ne se font pas attendre. Scrutant au hasard l’écran
qui nous fait face, j’ingurgite, résigné, les données qui
m’assaillent. Telle ligne semble fautive. Tel symbole joue le disparu,
tel autre est l’accusé. La petite charade informatique devant nous se
découvre, et ses charmes d’antan qui m’avaient séduit, enfant, sous sa
robe ne sont plus que perverses allusions et traîtreuses paroles.
</p><p>J’agite le curseur, change de fichier, reviens sur mes pas. Je prends
la pose, fronce à peine les sourcils, me donne un air sévère. Je fais
signe, légèrement : que l’on ne me dérange pas. Je pense. Chassé par
quelque espoir que je vienne en justicier rétablir le tort fait
à l’homme par la machine, sa suivante, je m’enfuis dans ma parade.
</p><p>Mais l’expérience bientôt vient me sauver. Quand même l’esprit
vagabonde par-delà ces murs, les yeux, par les ans entraînés, encore
me guident. Sans seigneur pour les soumettre, les doigts, désunis,
déjà prennent d’assaut le terrain étranger : ce clavier fort commun
sur lequel, pour autant, je ne sais pianoter.
</p><p>La porte s’ouvre. J’ai terminé. Profitant de la diversion, je rejoins
ma place, près de la fenêtre. Je jette un coup d’œil, avant de lui
tourner le dos. La rue déserte et immobile me dévisage ; je lui
interdis.
</p><p>Arthur, qui a refermé la porte derrière lui, s’est installé à un mètre
de moi. Les diligents muscles de son visage, qui me semblent prêts
à tout instant à renfrogner sur commande, témoignent assez de son
humeur. Il n’y a rien à discuter. Je me tais. Je fais certainement
mieux de compter les minutes qui nous séparent de la pause
déjeuner. Quatorze… Treize… Douze… Je la devine déjà : cette
longue journée…
</p>
tag:blog.huoc.org,2009:posts/27
Histoire de sexe et d'informatique
2009-08-27T12:06:10+02:002009-08-27T12:06:10+02:00Quentin Pradet (Cygal)
<div class="Edito"><p>Comme me l’a encore récemment prouvé le Google Summer of Code, et
surtout sa <i>hum</i>, superbe, liste de diffusion, où, noyés parmi
cinquante messages dont je n’avais aucune utilité (et un petit
e-mail vital), on pouvait trouver un vieux <i>troll</i> sur le sexisme,
voici un thème qui est plus que jamais sensible dans le monde de
l’informatique, et <i>errr</i>, je parie un sucre que quelqu’un va se
sentir offensé par mon titre tout meugnon. :]
</p><p>Bien sûr, cette réaction n’est pas de moi. Et surprise, elle n’est
pas de blueblue non plus ! Cygal est dans la place ! Faut que l’on
arrête le rap français, ici.
</p><p>—minh
</p></div><p>Cette réaction traite d’un point récurrent dans l’informatique en
général et dans le monde du libre en particulier : la minorité parfois
écrasante de la gent féminine. Nous ne discuterons pas ici de toutes
les raisons qui me font penser que c’est une mauvaise chose qu’il faut
enrayer, bien que ça puisse être intéressant, mais nous contenterons
d’une analyse de cet article par rapport à la littérature existante
sur le sujet.
</p><p>La présence des femmes dans l’informatique est un sujet qui a déjà été
maintes fois traité. Ce papier là est original dans le sens où il
n’essaye pas de traiter le problème, et ne le présente pas seulement
via des statistiques. Il essaie d’expliquer de manière historique
pourquoi les femmes sont sous-représentées dans l’informatique en
général. C’est une analyse courte et peut-être simpliste mais les
explications données sont crédibles.
</p><h3>Petit résumé du papier
</h3><p>Contrairement aux autres disciplines scientifiques, l’informatique
n’existait pas avant la Seconde Guerre Mondiale. C’était donc la porte
ouverte aux femmes qui ont été embauchées dans le domaine, et se sont
avérées très douées, selon l’auteur. Après la guerre, les hommes ont
« récupéré leurs places » dans toutes les disciplines qu’ils
occupaient avant la guerre. L’informatique n’existant pas avant, les
femmes n’avaient pas de places à laisser.
</p><p>Cependant, la pression sociale a fait qu’une majeure partie est
retournée à des occupations considérées comme acceptables à
l’époque. Celles qui sont restées dans de grandes compagnies étaient
discriminées et devaient repousser les avances de leur collègues. Ce
fut la première vague de déféminisation. De manière générale, le fait
que le rôle traditionnel des femmes soit d’élever ses enfants n’a pas
aidé, dans aucune de ces vagues.
</p><p>La deuxième vague s’est effectuée quand l’apprentissage de
l’informatique a été couplé à celui de l’ingénierie électronique,
domaine presque exclusivement masculin, ce qui n’a pas encouragé les
gens à s’intéresser à l’informatique.
</p><p>La troisième vague s’est déroulée lors de la démocratisation de
l’informatique. Les jeux ont toujours été faits pour et par des
hommes, ce qui a fini par ancrer dans les esprits que « l’informatique
c’est pas pour les filles ».
</p><h3>Un peu plus loin ?
</h3><p>Il n’est pas rare dans les domaines scientifiques de voir les <a class="extern" href="http://imgs.xkcd.com/comics/how_it_works.png">filles
traitées différemment</a>,
voire rejetées, parfois inconsciemment.
</p><p>En informatique, c’est particulièrement vrai puisque les femmes et les
hommes estiment que l’informatique n’est pas faite pour les
femmes. Elles ne se disent pas intéressées et préfèrent choisir
d’autres voies. Le fait qu’elles soient sous-représentées à ce point
ne leur donne pas envie de venir. Si vous êtes un homme, imaginez ce
que ça fait de rentrer dans un salon de manucure rempli de
femmes. Vous ne vous sentirez pas à l’aise.
</p><p>Cette analyse me semble intéressante parce qu’elle est courte mais
semble expliquer un certain nombre de choses. Il y a sûrement d’autres
points qui expliquent la situation, c’est pourquoi je vous propose un
certain nombre de lectures complémentaires en annexe. Elles ne sont
pas toutes centrées sur l’informatique en général, mais semblent
intéressantes. L’article Wikipédia vous permettra de pousser plus
loin.
</p><p><b>Liens</b>
</p><ul><li><a class="extern" href="http://www.cs.ubc.ca/wccce/program04/Papers/mark.html">Statistiques sur la présence des femmes dans l'informatique</a>
</li><li><a class="extern" href="http://arstechnica.com/science/news/2006/10/5712.ars">Expérimentation sur la réussite des femmes dans les domaines scientifiques</a>
</li><li><a class="extern" href="http://en.wikipedia.org/wiki/Women_in_computing">Article Wikipedia sur les femmes en informatique</a>
</li><li><a class="extern" href="http://www.mentornet.net/">Réseau de tutorat pour encourager les minorités dans les sciences</a>
</li><li><a class="extern" href="http://infotrope.net/blog/2009/07/25/standing-out-in-the-crowd-my-oscon-keynote/">L'expérience des femmes dans le logiciel libre</a>
</li></ul>
tag:blog.huoc.org,2009:posts/22
L'Ensimag pour les véritables
2009-08-14T15:03:13+02:002009-08-14T15:03:13+02:00Nhat Minh Lê (rz0)
<p>Pas plus tard qu’hier, quelqu’un m’a posé la question : mais quel est
donc le programme de l’Ensimag, côté info, en première année ? C’est
vrai qu’à lire les sources officielles vagues et pompeuses (dont je ne
donnerai pas l’URL tellement elle est imbittable ; par contre vous
pouvez aller jeter un œil à <a class="extern" href="http://ensizero.ensimag.fr/index.php?p=matieres">la page d'EnsiZéro concernant le
programme</a>, qui n’est ma foi pas mal faite), on n’a guère
idée de ce qui nous attend, et je me rappelle m’être demandé
également, avant d’intégrer. Du coup, entre un récap xmltools et un
futur article-touchette signé bluestorm, j’ai décidé de mettre à jour
ma catégorie Ensimag — en sommeil depuis plus d’un mois — avec un
article de choc : <strong>l’Ensimag pour les véritables</strong>.
</p><p>Imaginez : vous allez entrer à l’Ensimag, et vous êtes un
véritable — bon, disons un apprenti-véritable, ou même juste un
troll puant, en fait, mais disons que vous avez une idée de ce que
peut être l’informatique ou la programmation, ptet pas la bonne idée,
mais une idée. Il y a certainement des choses que vous aimeriez
savoir, pour mieux vous préparer (psychologiquement) à ce qui vous
guette. Vous n’avez besoin de savoir que ce qui compte, ouais, <i>stuff
that matters</i> (parce que vous êtes <i>in</i>, parlez le franglais, et lisez
<a class="extern" href="http://slashdot.org/">/.</a>), des choses comme le nom du système d’hérétiques que l’on vous
forcera à utiliser, ou du langage de pouilleux que l’on vous imposera
sans merci et qui sans nul doute fera ressentir à votre esprit
d’athlète toute la <i>désespératitude</i> de devoir s’exprimer dans ce
corps infirme (mais qu’il saura, je suis sûr, évacuer, selon le cas,
dans l’alcool, la drogue, la déprim ou l’aigrissement).
</p><p>Tout d’abord, rassurez-vous, on ne vous enseignera probablement rien
qui pourrait venir profondément bouleverser votre conception de la vie
et de l’univers. Il faudra cependant accepter que tout le monde ne
partage pas (ou plutôt que pas grand monde ne partage) votre
spécialité, vos intérêts ou vos convictions, non seulement parmi vos
Petits Camarades mais également vos profs, ces gentilles dames et ces
gentils messieurs qui auront à leur charge de vous apprendre de
gentilles choses.
</p><p>Une fois ceci bien digéré, la vérité est… que vous allez faire de
l’Ada sur des <i>thin clients</i> relié à un serveur Linux (Red Hat)
quasiment toute l’année, avec trois semaines de C pour clore la danse
en guise de projet de fin. Entre temps, vous vous serez arraché les
cheveux sur Scilab (c’est statistique), aurez découvert (ou
redécouvert) le VHDL (si vous choisissez Archi2 au second semestre),
vaguement touché de l’ASM x86 (Logiciel de base), et aperçu de loin du
Prolog (si vous prenez Logique au second semestre).
</p><p>Vous n’aurez ni programmation objet (mais pas de réjouissances
hâtives, on en mange en 2A), ni programmation fonctionnelle (bouh). On
vous épargnera même tout le B^Hplaisir de faire de la modélisation
avec UML, Merise et leurs amis.
</p><p>Le reste des matières est constitué de maths, de culture générale
informatique (dans le genre de « comment se servir d’un <i>shell</i> » ou
« SSH et ses copains crypto-gentils »), et de sciences sociales et
humaines (et malgré le nom, ce n’est pas incompatible avec la
<i>nolife</i>-attitude).
</p><p>Voilà donc un tour d’horizon de ce qui sommeille de ce côté-ci de la
planète Ensimag ; au-delà, il vous faudra trouver d’autres sources que
mon humble blog.
</p>